Perdant progressivement sa patte personnelle depuis 'Gladiator' (2000), Ridley Scott revient à un format mainstream avec 'Seul sur Mars', une mésaventure spatiale qui se transforme en Survivor. Les similarités avec 'Apollo 13' et le plus récent ‘Gravity’ n’échapperont pas aux amateurs de fusée, mais ce n’est pas dans cette voie que Scott – qui s’inspire de la nouvelle de science-fiction du même nom publiée par Andy Weir en 2011 – engage son film. L’effrayante tempête de sable qui s’abat sur l’équipage du Ares 3 rappelle l’hostile planète d’Alien (1979). Puis après une évacuation générale qui laisse l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) pour mort, on retrouve l’errance du personnage central propre à beaucoup de classiques de Ridley Scott, de 'Blade Runner' à 'Prometheus'.
Toutefois, ‘Seul sur Mars’ a de l’audace à revendre : Watney répète ainsi dans ses vidéos de journal de bord « je ne vais pas mourir » sur fond de heavy metal, tout en transformant de l’eau en hydrogène, créant une ferme de pommes de terre (fertilisée grâce aux paquets abandonnés par l’équipage) et employant toute son énergie à contacter la tour de contrôle. En apportant de l’optimisme, un côté geek et une touche de folie à son personnage (à un moment, Watney finit même par s’autoproclamer « pirate de l’espace »), Damon porte sur ses épaules toute l’exubérance du film. C’est son 'Seul au monde', et il devient compliqué d’imaginer une autre star apporter ce côté enfantin et confiant au personnage.
Pourtant, le reste du film - qui relate le sauvetage de Watney - souffre un peu en comparaison de cette partie. Parfois, on tombe trop dans certaines lenteurs ; parfois le film paraît jouer à contre-temps, dans un registre comique façon 'Armageddon'. Mais avant tout, 'Seul sur Mars' frappe par son revigorant traitement d'une intrigue classique et par l'insoumission de Jessica Chastain. Un film sur le triomphe de l’intellect sur la peur et une playlist entièrement disco contre laquelle Watney doit lutter : voilà qui fait du bien.
(traduit de l'anglais par Matthieu Petit)